Critiques

Critique d’Un couteau dans le coeur de Yann Gonzales

Paris, été 1979. Anne est productrice de pornos gays au rabais. Lorsque Loïs, sa monteuse et compagne, la quitte, elle tente de la reconquérir en tournant un film plus ambitieux avec son complice de toujours, le flamboyant Archibald. Mais un de leurs acteurs est retrouvé sauvagement assassiné et Anne est entraînée dans une enquête étrange qui va bouleverser sa vie.

Avec un sujet un peu provoc’ comme celui que nous avons là -le milieu de la pornographie gay dans les années 70-, je n’étais guère étonnée de trouver une salle comble lors de la projection du film à 8H30. Yann Gonzalez livre un thriller érotique et sulfureux et ne lésine pas sur les scènes chocs… au risque de commettre des maladresses et de tomber parfois dans la vulgarité. Heureusement, on devine aisément qu’on a affaire à un film un peu parodique, à ne pas prendre trop au premier degré donc, au risque de le trouver assez ridicule.

Malgré des fautes de goût que je n’énumérai pas, on se doute que le réalisateur fait allusion au kitsch des années 70 que l’on retrouve aussi bien dans la photographie (très réussie, avec des jeux de lumière qui ne sont pas sans rappeler Blow Outde De Palma ou Suspiriade Dario Argento), dans les décors, les costumes soignés (j’aurais bien piqué le trench ciré de Vanessa Paradis), la bande-originale (qui apporte une vraie valeur ajoutée), et dans le jeu des acteurs. A ce propos, j’ai trouvé Vanessa Paradis attachante et touchante, dans le rôle d’Anne, une femme abîmée qui aime Loïs sans réciprocité, et qui en impose en businesswoman très classe, malgré sa voix enfantine.

En parlant de De Palma et Argento, leur ombre plane réellement sur ce film. Sans les égaler, Yann Gonzalez reprend des codes de leur cinéma et les transpose dans son œuvre : le tueur homophobe masqué à l’arme grossière (ici un godemichet-couteau, original, mais on ne pouvait pas faire pire…), le sang rouge vif de mauvaise facture, les meurtres sauvages et peu réalistes des acteurs d’Anne rappellent réellement le genre italien du giallo. Le giallo est un « thriller spaghetti » qui flirte avec le policier, l’horreur et l’érotique, populaire entre les années 60 et 80, et ce film aurait très bien pu en être un tout compte fait, avec ses moments oniriques et surréalistes –des scènes dans une forêt qui paraît enchantée, des signes et des rêves auxquels Anne tente de trouver un sens, comme un oiseau de mauvais augure et la vision d’une grange qui prend feu-. Quant à l’histoire d’amour contrariée entre Anne et Loïs qui multiplient les chassés-croisés en boîte ou la nuit dans des rues humides à l’éclairage néon, elle évoque réellement les virées nocturnes et les liaisons dangereuses des thrillers « De Palmiens ».

Yann Gonzalez parvient à raconter cette histoire avec esthétisme et sans lasser le spectateur. Le film ne manque pas de charme, mais encore faudrait-il que le scénario soit plus ambitieux, en dépit de ses bonnes idées, et que Un couteau dans le coeurne s’achève pas sur une fin convenue, certes jolie et émouvante, mais dont le dénouement manque de panache et détruit les chances de ce film de se hisser au rang des bons thrillers. En effet, je suis restée sur ma faim face à la résolution de ces crimes.

Néanmoins, j’apprécie réellement l’audace artistique de ce film français qui fait mouche, à un moment où je me disais que le cinéma français boudait encore beaucoup trop le film de genre et offrait des esthétiques trop convenues… Celui-ci est loin d’être parfait, mais au moins il ose.

Léa Kierbel

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