Critiques

Quand Poirot rencontre Bond

A couteaux tirés, de Rian Johnson  avec Daniel Craig, Ana de Armas, Chris Evans, 130 minutes

Une longue scène d’introduction, magnifiquement réalisée et imaginée, nous présente toute l’intrigue du film. A la façon d’un « Cluedo géant », Rian Johnson nous donne en main toutes les ficelles de l’énigme et nous plonge dans un huis-clos au rythme effréné.

D’abord, le décor : l’immense et curieuse demeure du mort, Harlan Thrombey (Christopher Plummer) riche écrivain, retrouvé la gorge sectionnée. Puis, les protagonistes : les membres de la famille Thrombey et les deux employées qui passent un à un sur une sorte de Trône de Fer, fait de couteaux, et dont le centre est vide comme un trou de donut. Ils sont interrogés par un trio d’inspecteur et en particulier, le détective Benoit Blanc (Daniel Craig).

Le trio d’inspecteur (Daniel Craig, Lakeith Stanfield et Noah Segan)

La prouesse du film réside dans le dernier élément que nous donne Johnson (et ceci, merveilleusement réalisé). Dès le début, nous assistons aux circonstances de la mort d’Harlan Thrombey. Et pourtant bien que connaissant tout les détails, la mise en scène de l’histoire, la présentation et le caractère des protagonistes, nous maintiennent en haleine tout le long des 2 heures 10, jusqu’au dénouement final. Mais contrairement à un thriller classique, nous, spectateurs, avons toujours une longueur d’avance sur Benoit Blanc.

A mi-chemin entre Le crime de l’Orient Express (pour la mise en scène) et le Meurtre de Roger Ackroyd (pour la mort du personnage), Rian Johnson réussit à la façon de la Reine du Crime, Agatha Christie, à décrypter et caricaturer la bourgeoisie (ici américaine et non anglaise) tout en ficelant une intrigue policière. Johnson y dépeint les jalousies familiales, l’argent et la succession, les tromperies et le racisme (Marta (Ana de Armas) est tour à tour décrite comme Equatorienne, Paraguayenne puis Uruguayenne, avec des sous-entendus racistes).

Construit comme un Cluedo ou un Hercule Poirot, le film s’achève sur la rocambolesque et théâtrale révélation avec une mise en scène parfaitement exécutée. Il est aussi à relever que le casting est d’une grande justesse et que nous ressentons le plaisir qu’ils ont eu à jouer ce huis-clos : Toni Colette et ses moues, Jamie Lee Curtis et son charisme ou encore Daniel Craig qui bien que vieillissant ne perd rien de son charme, sans oublier un Chris Evans (Captain America), surprenant et génial en homme jeune, riche et arrogant.

9/10

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