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Hero – Mettre en scène une légende guerrière

Cette semaine, abordons un genre cinématographique autrefois peu connu en Occident mais aujourd’hui cher au cœur de nombreux cinéphiles : le wu xia pian, ou « film de sabre chinois ». Ce genre cinématographique est connu pour mettre en scène des combats à l’arme blanche minutieusement chorégraphiés au cœur de récits légendaires chinois.

Beaucoup d’auteurs s’y sont essayé dont Zhang Yimou en 2002. Grand nom du cinéma hongkongais aujourd’hui connu à l’international, il proposait cette année-là Hero, une nouvelle porte d’entrée vers le monde du wu xia pian pour le public occidental, après Ang Lee et son splendide Tigre et Dragon (2000). Encore aujourd’hui, Hero garde ce statut et constitue une solide représentant du genre et cela pour plusieurs raisons.

Hero, un récit épique

Hero déroule son récit au Ve siècle avant notre ère, où la Chine était divisée en sept royaumes qui s’affrontaient pour obtenir la suprématie. C’est au cours de cette Période des Royaumes combattants que le roi de Qin (Chen Daoming) tente d’unifier les sept factions afin de bâtir une nation puissante dont il serait le tout premier empereur. Pour contrer son influence grandissante, les autres royaumes cherchent à l’éliminer en mobilisant leurs meilleurs guerriers.  Parmi les plus redoutables d’entre eux figurent Lame Brisée (Tony Leung Chiu-wai), Flocon de Neige (Maggie Cheung) et Ciel Étoilé (Donnie Yen). Jusqu’au jour où un guerrier mystérieux, Sans Nom (Jet Li), souhaite rencontrer le roi de Qin dans son palais et affirme posséder les armes des trois assassins, comme preuve de leur mort. Intrigué, le roi décide de s’entretenir avec Sans Nom. Le « héros » est alors à une vingtaine de pas du monarque…

Dans la légende

L’enjeu est clair dans Hero : assassiner le roi de Qin en se rapprochant le plus possible de lui. Mais l’originalité du film réside dans son utilisation d’un dispositif narratif au premier abord simple mais qui dévoile progressivement une fascinante complexité. Sans Nom est en effet à quelques pas du Roi et peut uniquement gagner du terrain en contant le récit de ses combats contre les trois assassins. Or, le monarque conteste ces versions de l’histoire et apporte lui-même son point de vue sur le déroulement des affrontements, comme une sorte de défense afin d’empêcher Sans Nom de l’atteindre. Chaque récit est à la fois l’occasion pour Zhang Yimou de mettre en scène des duels à l’arme blanche dantesques avec la crème de la crème du cinéma hongkongais et une manière d’illustrer un combat entre deux esprits : un assassin et sa cible. Les versions se répondent et se contredisent au fil des batailles, jusqu’au dénouement final affirmant le caractère légendaire de cette histoire. Car c’est bien ce que Hero accomplit ici : mettre en scène une légende à travers la multiplicité des points de vue, des visions amplifiée et déformées, qui constituent toute la force d’un tel récit.

Un immense spectacle visuel

Zhang Yimou met en scène une grande fresque guerrière d’une beauté visuelle folle. Le réalisateur accorde un soin tout particulier à chaque scène, toutes sublimées par la photographie de Christopher Doyle (le chef opérateur de Wong Kar-wai). On retrouve dans Hero tout ce qui fait la force des films de sabre chinois, à savoir des combats aériens minutieusement chorégraphiés qui mettent en avant la performance des acteurs (on pensera à l’affrontement spectaculaire qui ouvre le film, entre Sans Nom et Ciel Étoilé). Les duels au corps-à-corps sont grisants grâce à cette mise en scène qui magnifie l’excellence de ces guerriers légendaires dans l’art du combat.

Jeux de couleurs, palettes d’émotions

Le réalisateur fait certes preuve d’une très grande maîtrise technique mais elle sert en réalité la narration. Dans Hero, il y a quelque chose de ludique dans le jeu des couleurs : chaque scène est associée à une teinte qui s’observe à travers le choix des costumes ou encore des décors. Le choix d’une couleur dans une scène permet en effet de savoir qui raconte (ou imagine) sa version de l’histoire, entre Sans Nom et le roi de Qin. Le soin apporté à la mise en scène du film n’est donc pas anodin puisque la couleur est à la fois un outil narratif et un vecteur d’émotions propre à chaque séquence. C’est ce qui fait toute la force de film : Hero est une succession de tableaux qui déploie à travers ses différents jeux de couleurs un univers riche sur le plan thématique (le code du guerrier, l’honneur, le sacrifice) et poétique.

Beau et spectaculaire, Hero constitue une très belle porte d’entrée pour découvrir le wu xia pian. C’est aussi un immense spectacle visuel, épique et raffiné qui se présente comme l’un des meilleurs films de son auteur.

Théo Krommenacker

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