Critiques

Silence, le film le plus personnel de Martin Scorsese

Paru en 2016 suite au succès du Loup de Wall Street, Silence de Martin Scorsese contraste en abordant les sujets de la foi et de la religion. Certes Le Loup de Wall Street traite d’une certaine spiritualité autour de l’argent, mais Silence aborde le sujet de façon plus littéral. Il n’est donc pas étonnant que le film polarise autant les spectateurs.

C’est le film le plus personnel de Martin Scorsese : il a attendu plus de 30 ans avant de le réaliser, ne se sentant pas assez mûr. Silence est un film qui doit être vu car il aborde plus largement le sentiment de culpabilité et de rédemption face au silence (en l’espèce divin). Or, l’universalité de ce sentiment purement humain va au-delà même de la question de la foi catholique.

 

Une immersion totale

Silence nous plonge au Japon du XVIIème où les chrétiens subissent des persécutions religieuses. Deux jésuites portugais (interprétés par Andrew Garfield et Adam Driver) se rendent alors sur place pour retrouver leur mentor disparu. Pleins de bonne volonté, ils vont se heurter à la violence de l’inquisition Japonaise. Une violence froide et crue que Martin Scorsese nous dévoile dans toute sa dureté. Des scènes de tortures, d’exécutions sommaires et de souffrances sont représentées à l’écran sans artifices.

D’ailleurs cette absence d’artifice n’est pas un hasard dans un film où prédomine la nature. Celle-ci est même au cœur de la direction photographique de Silence. La maîtrise de la brume présente dans de nombreuses scènes en est le parfait exemple. Les deux protagonistes vont en effet évoluer dans des décors grandioses avec une nature aussi mystique qu’inhospitalière. A cela s’ajoute la bande originale du couple Kathryn et Kim Allen Kluge qui est très discrète privilégiant le silence, qui donne de l’intensité à des moments clés du film, et des sons naturels.

Néanmoins cette inhospitalité provient surtout des conditions de vie déplorables des villageois victimes de l’inquisition. Les habitants ont des habits de fortune et les habitations sont précaires. La crasse est omniprésente et cela fait alors contraste avec les hommes de l’inquisiteur.

 

Un dilemme pesant

Le véritable enjeu de Silence est la violence psychologique que rencontre les deux hommes durant leur périple. Le personnage d’Andrew Garfield va en effet se heurter à un dilemme tout au long du film, à savoir, la foi oui, mais à quel prix ?

Certes devenir un martyr ne l’effraie pas mais le véritable dilemme est de voir des gens mourir à cause de lui et de sa foi. De fait, il va avoir de nombreuses fois le choix d’apostasier et de sauver la vie d’innocents ou bien de ne pas renoncer à sa foi mais de laisser mourir des fidèles au main de l’inquisition. Le personnage principal va donc être « travaillé » à l’usure, ce qui peut donner des scènes plutôt longues à l’écran.

A cette violence psychologique va également s’ajouter le silence. Comment le divin peut-il rester silencieux face aux atrocités que subissent les chrétiens japonais ? Ainsi le doute s’installe et la foi du protagoniste va être mise à rude épreuve alors même qu’il fait face à un lourd dilemme. Néanmoins ce dilemme en est-il vraiment un ? Le fait d’apostasier extérieurement dans le but de sauver ses frères et sœurs permet de prôner les valeurs essentielles d’un croyant, c’est-à-dire la bienveillance de toute création. Ainsi, Silence ouvre une réflexion sur la distinction entre le culte et la foi.

 

Une confrontation idéologique

Le film montre les sacrifices que sont prêt à faire des individus au nom de la foi.

Silence va alors opposer deux visions de la culture religieuse. D’abord, une vision universelle de la religion (représentée à l’écran par la chrétienté portugaise), dans le sens où celle-ci incarne la vérité qui se doit d’être révélée à tous. En opposition à une vision plutôt culturelle de la religion, une religion qui ne recherche pas la conquête mais plutôt l’harmonie d’un pays (comme le Japon)

Ainsi, l’inquisiteur japonais affirme que le Japon est un « marécage où rien peut pousser » et donc l’existence de plusieurs religions dans un seul pays provoquerai la discorde. Or le christianisme encourage l’évangélisation du Japon car elle se fait au nom de la foi et de cette vérité universelle : c’est donc un acte de bienveillance malgré les divisions que cela provoque. Il est clair qu’il y a un parti pris pour les chrétiens de la part de Martin Scorsese. En témoigne, une inquisition légèrement caricaturée et une absence totale de Japonais non chrétiens n’appartenant pas à l’inquisition. Cependant ce parti pris est assumé et ne fait qu’accentuer notre empathie envers la souffrance des chrétiens.

 

Silence se veut volontairement austère et traite la persécution des chrétiens japonais dans toute sa violence, qu’elle soit physique ou psychologique. Ce n’est évidemment pas un film accessible à tous. Mais c’est aussi un film sur le doute et la remise en question de ses convictions aux moments les plus durs de la vie. Ainsi, Silence se révèle être davantage un film porté sur l’individu que le divin.

 

Maxime Gontier

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.