Critiques

Eternal Sunshine of the Spotless Mind, une certaine idée de la mémoire

L’amour est une thématique mainte fois traitée au cinéma et abordée sous toutes les coutures.  Un sujet intemporel semble-t-il. Eternal Sunshine of the Spotless Mind, réalisé par le français Michel Gondry, se distingue néanmoins par son originalité.

Primé par l’Oscar du meilleur scénario original en 2005, cette romance échappe aux conventions de l’histoire amoureuse classique. Au-delà d’une histoire d’amour touchante, c’est une réflexion profonde sur la perte d’identité et l’oubli.

 

Une histoire d’amour presque banale

Eternal Sunshine of the Spotless Mind est l’histoire de Joel et de Clementine. Deux personnages que tout oppose mais qui finissent par s’aimer. Jim Carrey interprète un homme « gentil » et timide, au contraire, Kate Winsley joue une femme excentrique et extravertie. La relation est d’apparence banale mais non inintéressante. Tout spectateur qui lance le visionnage s’y reconnaitra d’une façon ou d’une autre.

Alors que tout semble aller pour le mieux, il suffit d’une ellipse pour voir le couple en pleine crise. Impulsive, Clementine efface toute trace de Joel de sa mémoire grâce à un nouveau procédé. Joel décide donc à son tour de supprimer Clementine de sa mémoire. Pendant ce processus, celui-ci est forcé de revivre ses souvenirs. C’est alors qu’il réalise qu’il va perdre Clementine à tout jamais.

L’originalité du film repose donc sur sa chronologie. Nous vivons cette histoire d’amour à l’envers, de la rupture à la rencontre. Le spectateur est noyé dans la temporalité.
Plongé dans l’inconscient de Joel, les souvenirs deviennent flous et incohérents, certaines scènes sont absurdes et volontairement déstructurées. La bande originale de Jon Brion ne laisse pas insensible, privilégiant le piano. Ni triste, ni joyeuse, elle renforce l’émotion clé du film : la nostalgie.

 

Oublier pour être heureux

Vaut-il mieux vivre avec la douleur de l’expérience ou vivre avec l’absence totale de souvenirs ? La question est clairement posée par le film. Bouleversé par sa rupture, Joel choisira d’oublier par peur de souffrir. Le thème de l’oubli est donc au cœur du long-métrage. Nietzche, philosophe de l’oubli, est d’ailleurs cité à plusieurs reprises.

La mémoire peut être pesante pour l’individu et l’empêcher d’agir. L’oubli semble alors indispensable pour rationaliser notre relation au passé et apaiser notre présent. En fait, s’il est possible de vivre sans souvenirs et d’être heureux, il est impossible de vivre sans l’oubli.

Néanmoins, Joel va rapidement se rendre compte, que tous ces souvenirs, qu’ils soient bons ou mauvais, sont ce qui a forgé son identité. Clementine, elle, semble complètement désorientée. Loin de la sérénité promise après l’opération, elle est hantée par des impressions de déjà-vu.

 

L’éternel retour

Après s’être effacé de la mémoire l’un et l’autre, Clementine et Joel découvrent l’existence de leur histoire. Même s’ils savent que leur relation est vouée à l’échec, ils veulent retenter l’aventure malgré tout. Nietzche, dans sa théorie de l’éternel retour, se demandait si nous ferions le même choix pour l’éternité, en d’autres termes, notre identité se forge-t-elle dans notre expérience ou bien sommes-nous fondamentalement les mêmes malgré notre mémoire ? En cela les personnages de Eternal Sunshine of the Spotless Mind sont profondément nietzschéens. Ils choisissent de vivre pleinement, sans se soucier de leur passé : « Tu trouveras des défauts. Je finirai par m’ennuyer et me sentir piégée car je suis comme ça ».

Dans sa vision de la mémoire, le film s’oppose alors à Memento de Christopher Nolan qui démontre l’importance de la mémoire pour évoluer. Il y a une sorte de déterminisme présent dans le film de Michel Gondry, quoi que fassent les personnages, ils auront toujours les mêmes défauts. Mais cela fait-il de la mémoire une notion tragique ? Non, car les défauts de chacun semblent être les fondements d’une relation saine et authentique. D’ailleurs le film ne manquera pas de nous le montrer dans l’une de ses intrigues secondaires. Une relation « parfaite » ne peut susciter de désir et peux s’avérer ennuyeuse.

 

 

Eternal Sunshine of the Spotless Mind est sûrement l’un de ces films qu’il est nécessaire de regarder plusieurs fois pour en saisir tous les enjeux. Loin d’une simple comédie romantique en quête du couple parfait ou d’un film d’anticipation technologique, c’est avant tout un film ambitieux qui nous expose l’amour sous toutes ses facettes.

 

 

Maxime Gontier

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