Critiques

Dancer In The Dark de Lars Von Trier : le naturalisme au cinéma

Nous analysons aujourd’hui un film poignant, qui n’est certes pas le plus joyeux qu’il m’ait été donné de voir, mais qui nous propose une grande performance de la chanteuse Björk : Dancer In The Dark ! Grâce à des partis pris esthétiques et divers thèmes abordés, ce film s’illustre comme une véritable œuvre naturaliste.

« Le naturalisme est la suite logique du réalisme : ce dernier entendait décrire ou dépeindre la réalité de la manière la plus précise possible, y compris dans ses aspects immoraux ou vulgaires. Le naturalisme poursuit dans cette voie, mais en ajoutant un contexte physiologique et en montrant que le milieu où vit le protagoniste est l’une des raisons de son comportement. Se donnant pour un reflet de la réalité, le naturalisme s’intéresse particulièrement aux classes sociales défavorisées – paysans, ouvriers ou prostituées – » Wikipédia

Lars Von Trier en quelques mots

Lars Von Trier est un réalisateur, scénariste et producteur danois, né le 30 avril 1956 à Copenhague au sein d’une famille de fonctionnaires communistes.

Sa filmographie est structurée autour de différentes étapes clés, auxquelles il a donné un nom. Ces étapes prennent la forme de dualogies et de trilogies, qui évoquent des moments importants de sa vie. Il y a d’abord la trilogie européenne (Elements Of Crime, Epidemic, Europa) puis la trilogie cœur d’or (Breaking the Waves, Les Idiots, Dancer in the Dark). Vient ensuite la dualogie américaine composée de Dogville et de Manderlay, des films qui questionnent l’histoire américaine à travers des sujets qui ont créé le pays (l’esclavage, l’asservissement.). Et enfin la trilogie dépression (Antichrist, Melancholia, Nymphomaniac)

En résumé, son cinéma s’efforce de dépeindre le monde tel qu’il est.

Présentation du film

On suit l’histoire de Selma Jezkova (jouée par Björk), une immigrée tchécoslovaque qui, atteinte d’une maladie génétique, perd progressivement la vue. Elle est ouvrière dans une usine de métallurgie dans une petite ville des Etats-Unis et économise tout son argent pour payer une opération des yeux à son fils Gene, en espérant pouvoir lui éviter de devenir aveugle. Quand elle ne travaille pas, elle passe son temps avec la chorale de son quartier, où elle interprète Maria dans La Mélodie du bonheur, une comédie musicale. Un jour, son voisin et ami Bill lui avoue qu’il est ruiné et qu’il ne peut plus subvenir aux besoins de son couple – un secret qu’il cache à sa femme Linda-, elle en retour lui avoue qu’elle devient progressivement aveugle. Ne pouvant se résoudre à avouer à sa femme qu’il est ruiné, Bill finira par voler toutes les économies de Selma. Une série d’événements désastreux s’ensuit alors.

Dans ce film, Lars Von Trier réinterprète le genre de la comédie musicale en créant un véritable drame musical. En effet tout au long du film, le moindre détail sera repris par l’imaginaire de Selma pour devenir un élément rythmique (La chanson I’ve Seen It all est par exemple rythmée par les mouvements d’un train en marche).

Attardons-nous maintenant sur des aspects précis qui font de ce film une œuvre naturaliste.

La direction d’acteurs

Dans ce film, Lars Von Trier n’a pas besoin de recourir à divers stratagèmes pour véhiculer des émotions, seul compte pour lui la performance des acteurs, en témoigne le sublime duo que forment Björk et Catherine Deneuve. Et ce sera devant les scènes les plus difficiles à regarder que le naturalisme de l’œuvre sera le plus prégnant, puisqu’aucunes scènes ne seront édulcorées.

Des thématiques naturalistes

A travers la vie de Selma, jeune femme immigrée, dont la vie est bouleversée par un système judiciaire aveugle, difficile de ne pas voir un plaidoyer contre la peine de mort, contre les mauvaises conditions de travail dans l’Amérique des années 1960 et contre toutes formes d’injustices en général. En effet, avec un style presque documentaire, Lars Von Trier nous décrit l’Amérique des années 1960, à travers l’illustration de ses milieux ouvriers, de l’immigration et du déterminisme social. Un aspect documentaire renforcé par l’utilisation de la caméra d’épaule, qui permet à Lars Von Trier de capter ses sujets avec plus de liberté et avec un plus grand réalisme.

Autour de l’œuvre

A noter que Lars Von Trier a tenté de conserver à l’image un profond réalisme en exerçant une forte pression sur Björk. Afin de maintenir une émotion névrotique et fragile chez la chanteuse, Lars Von Trier va en effet constamment la pousser dans ses retranchements. Si elle parviendra à canaliser cette pression, une pression qui lui permettra de magnifier son jeu, le tournage s’avèrera très difficile pour elle. Ceci créera de nombreuses tensions entre la chanteuse et Lars Von Trier, des tensions telles qui pousseront Björk à quitter à plusieurs reprises le tournage.

En conclusion, je dirais que Regarder Dancer In The Dark, c’est regarder un long métrage à la fois magique et tragique, porté par une chanteuse exceptionnelle, nous livrant une performance d’une justesse infinie. Une palme d’or et un prix d’interprétation féminine selon moi amplement mérités.

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