Critiques

Marriage Story, une réinvention du film romantique sur Netflix

Pour mon premier article, je vais vous parler du film qui m’a fait découvrir Noah Baumbach. Marriage Story est aux antipodes des représentations clichés de l’amour au cinéma. Si comme moi, vous avez été biberonné à coup de comédie romantique standard du type 27 Robes, Coup de Foudre à Notting Hill ou encore le Journal de Bridget Jones, son réalisme va sûrement vous déconcerter et je l’espère, vous toucher.

Ce film est une expérience unique en son genre tant il respire la sincérité. Baumbach ne cherche pas à contourner les choses, à camoufler la vérité, à passer sous silence les moment les plus gênants comme les plus triviaux. Le monsieur s’est définitivement inspiré de son divorce avec l’actrice Jennifer Jason Leigh, et cela se ressent. L’authenticité n’est pas feinte. Je pense que c’est peut-être ce qui m’a le plus touché au premier visionnage : pouvoir s’identifier à des personnages qui finalement, n’en sont pas réellement. C’est davantage des personnes, une famille, un couple, de vrais individus qu’on voit se débattre à l’écran. Le métrage s’ouvre par exemple sur une séquence d’exposition si simple mais si efficace : Charlie (Adam Driver) évoque ce qu’il aime chez Nicole (Scarlett Johansson) avant qu’elle ne fasse de même. On nous entraîne d’emblée dans l’intimité de cette famille qui va finir par se déchirer. Parce que oui (spoiler alert), malgré ce que laisserait présager le titre, c’est bien de la rupture dont il s’agit et nous allons décortiquer étape par étape, méticuleusement, comment un couple marié se sépare au XXIème siècle.

Nicole et Charlie sont dévoilés sans fards avec leur torts et leurs problèmes, comme si le réalisateur avait omis de couper des scènes trop intimes pour être dévoilées au public, comme si tout s’enchaînait et que finalement, il ne s’agissait que d’un long moment de vie.

J’ai également été saisi par la critique féroce adressée au système judiciaire et à l’image donnée de l’opinion des autres. Leur divorce, qui démarrait pourtant avec bienveillance va rapidement virer à La Guerre des Roses. La procédure se transforme alors en un combat sans foi ni loi. Baumbach s’attaque frontalement la machine judiciaire qui broie les futurs divorcés. Rien n’est fait pour ménager les sentiments des uns et des autres : les avocats, la menace d’un procès, la perte d’argent, les enfants qui ne sont plus que dommage collatéral. Le système judiciaire est complexe, lent et discriminant, les avocats sont cupides et peu scrupuleux. On transforme la douleur en colère, la victoire l’emporte sur les sentiments de l’autre, quelqu’en soit le prix.

Une relation n’est jamais véritablement terminée, telle est le douloureux constat rendu par Baumbach d’un mariage sans écoute. Auraient-ils été jusqu’au procès s’ils avaient commencé par se poser, se parler, s’écouter ? Ils ont courbé sous le poids de l’opinion des autres et d’avoir rapidement pris l’autre pour acquis. Le coup de lacet à la fin résume toute la sensibilité du cinéma de Baumbach, la subtilité de sa mise en scène pour décrire le fonctionnement des humains en société.

Alors, fonce petit parasite, va donc subtiliser les codes Netflix de ton père, de ta mère, de ta sœur, de ton plan du mercredi au Warehouse et va découvrir Marriage Story.

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