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Ces films un peu oubliés de grands réalisateurs

« Il n’y a pas d’œuvres, il n’y a que des auteurs »

Même si cette citation n’est pas de François Truffaut, c’est celle qu’il vole en 1955 au critique Jean Giraudoux pour fonder sa politique des auteurs. Il fait ça dans la revue Les Cahiers du cinéma pour entièrement revoir la façon dont on apprécie les films. Avant lui, la grille de lecture pour analyser, apprécier ou critiquer un film se fondait uniquement sur le genre du métrage. Truffaut introduit l’idée que le réel auteur d’un film, c’est son réalisateur, et que ce dernier a une patte identifiable (d’un point de vue visuelle, narratif et thématique). C’est pourquoi aujourd’hui, on a tendance à apprécier le cinéma par le biais de ses grands auteurs. Ils sont devenus des noms vendeurs, au même titre que les acteurs et actrices qu’ils filment. 

Et aujourd’hui, j’ai décidé (aidé par la formidable Marie) de rendre un petit hommage à ces pépites oubliés au milieu de filmographies trop riches. Et si les enfants, Tim Burton n’a pas fait que Edward aux mains d’argent et Charlie et la Chocolaterie, il a aussi fait un film en noir et blanc sur la vie du réalisateur le plus claqué de sa génération (promis c’est à voir). Voir ce genre de petites trouvailles, c’est toujours un peu magique : on redécouvre des artistes mainstreams, on plonge plus profond dans leurs lubies. Bref, voici la liste qui devrait occuper vos prochaines soirées Netflix & Chill :

Quand tes potes et toi allez au BdB ensemble

Ed Wood de Tim Burton

Il faut savoir que l’auteur de ces lignes est un fan absolu d’Ed Wood. C’est mon Tim Burton préféré. Et je ne dis pas seulement ça pour faire le cinéphile prétentieux (bon si OK un peu) mais vraiment parce que, quand on est aussi passionné par le parcours de Tim Burton que moi, ce biopic formidable apparait comme encore plus personnel. Même si tout le métrage nous narre une partie de la vie du pire réalisateur de l’histoire du cinéma, il ne le fait jamais avec mépris, toujours avec tendresse et bienveillance. Parce que Tim Burton se reconnaît dans le personnage d’Ed, un marginal passionné, un freak pur jus que personne ne prend au sérieux. Il réalise ici le portrait de ce qu’il croit être son double artistique dans un monde parallèle. Il n’y a pas de monstres difformes à rayures, pas de squelettes qui dansent le French cancan mais Ed Wood est définitivement extrêmement burtonien. 

The Game de David Fincher

Dans la filmo de Fincher, coincé entre le formidable Seven et l’absolument culte Fight Club, il y a ce petit oublié. Pourtant The Game vraiment ludique à regarder (The Game, ludique, vous captez ?). Le motif du puzzle, du labyrinthe sont pertinent pour un film à twist qui essaye vraiment de nous perdre, de nous balader. Même si la majorité des critiques s’accordent à dire qu’il s’agit d’un Fincher mineur, je pense qu’il faut avant tout le voir comme un popcorn-movie génial. OK, la réflexion philosophique derrière n’est pas monumentale. Mais on retrouve les thèmes du monsieur  avec ses personnages désireux de façonner le monde à leur image, mais aussi sa signature stylistique léchée et dépouillée. On n’a jamais vu le bougre autant investi pour nous divertir. Alors investissez deux heures de votre temps dans ce conte moral où Michael Douglas se fait torturer par une force supérieure.

Jackie Brown de Quentin Tarantino

C’est un cas un peu particulier dans la carrière de Quentin Tarantino. Jackie Brown, c’est une adaptation de bouquin (la seule de sa carrière), la réalisation se veut plus posée, calme, moins exubérante que dans un Pulp Fiction tarabiscoté. Mais comme tout le reste des films de son auteur, ça respire l’intelligence et la cinéphilie référencée. Rien que le générique du film : Across 110th Street de Bobby Womack en fond, Jackie Brown traversant l’aéroport de Los Angeles en plan séquence…   On annonce en douceur l’hommage au cinéma afro-américain des années 70, mais surtout on célèbre l’héroïne incarnée par Pam Grier, ancienne star de ce courant qu’on a appelé Blaxploitation. Tarantino aime ses personnages, veut leur rendre honneur, les écouter parler de leur vie, les voir surmonter leur condition. Le film est drôle, et peut-être le plus touchant de son auteur. 

Le Locataire de Roman Polanski

De la trilogie horrifique de Roman Polanski, le grand public aura surtout retenu Rosemary’s Baby, en laissant un peu de côté Répulsion, le premier des trois, tourné en indépendant en France. Quant à The Tenant (ou Le Locataire au pays de Marc Lavoine) n’en demeure pas moins l’un des meilleurs films de son auteur. Encore plus ambigu et aux interprétations bien plus ouverte les deux autres, ils arrivent profondément à déstabiliser par petites touches. On arrive même jusqu’à un sommet plastique incroyable où le décor se plie et se déforme sous le poids de la paranoïa de son personnage principal. Le visionnage vaudrait ne serait-ce que pour admirer les visions cauchemardesques que Polanski arrive à mettre en scène. En France, on n’a jamais réussi à rendre Paris et ses immeubles haussmanniens aussi terrifiants.

Okja de Bong Joon-Ho

J’ai toujours eu l’impression qu’Okja n’était pas sortir bon moment. Présenté d’abord au festival de Cannes comme étant le premier film Netflix à concourir en compétition (aux côtés de The Meyerowitz Stories), tout le monde s’est trop concentré sur la polémique, et pas assez sur cette véritable réflexion sur notre rapport aux animaux d’élevage. Boong Joon-Ho, avant Parasite, avant la véritable et méritée reconnaissance du cinéma coréen à l’international, signe déjà ici un film émouvant, drôle parfois, triste souvent. Tout ça alors que son personnage principal est quand même un cochon géant génétiquement modifié. Une sorte de mélange entre Mon Voisin Totoro et un documentaire Arte hardcore sur l’industrie de la viande. 

Pompoko de Isao Takahata

Quand on évoque le Studio Ghibli, les premiers films venant à votre esprit seront sans doute Mon Voisin Totoro ou encore Le Voyage de Chihiro. Mais Pompoko, de Isao Takahata (réalisateur du Tombeau des lucioles), fait partie de ces dessins animés discrets qui n’en restent pas moins charmants et originaux. Il dresse le tableau d’un Tokyo moderne en pleine expansion urbaine, où les zones périphériques rurales laissent place à des quartiers résidentiels et la faune est contrainte de s’exiler. Seul un groupe d’irréductibles s’insurge contre ce projet : les tanukis, animaux à la fois réels et magiques, propres au folklore japonais. Leur atout ? La capacité à se métamorphoser en humain ! Grâce à ce subterfuge, le clan des tanukis défendra coûte que coûte son territoire, mais il en faut plus pour décourager les humains …

Sweet Sixteen de Ken Loach

Looking For Eric, ou plus récemment I, Daniel Blake, sont incontestablement les films phares du réalisateur britannique Ken Loach, du fait de leur peinture réaliste des classes sociales pauvres et moyennes. À la différence de ses autres films, Sweet Sixteen se penche sur une catégorie particulière, celle de la jeunesse désœuvrée, livrée à elle-même. Liam a seize ans et rêve d’un foyer sûr pour sa petite sœur et sa mère bientôt sortie de prison. Mais comment faire à son âge, délaissé et dans un milieu défavorisé ? Liam n’a pas d’autre choix que se tourner vers des affaires illégales et rapidement un cercle vicieux se forme … 

Disponibilité des films (au moment de la rédaction de ces lignes) :

  • Amazon Prime Video : The Game, Jackie Brown
  • Netflix : Okja, Pompoko
  • MyCanal : Sweet Sixteen

Pour le reste, il vous reste les DVD, iTunes, Canal VOD ou, je sais pas moi, certains sites de partage de fichiers… Donc pas d’excuses pour rater ces merveilles !